Les chemins muletiers

http://www.ledauphine.com/ardeche/2013/08/12/le-tour-de-l-ardeche-avec-mon-ane-et-ma-mule

Cette page a pour objectif de mettre à disposition des informations sur les sentiers muletiers du Vivarais, avec la participation de TPCP  (tourisme en pays de Cayres-Pradelles) partenaire de l'association Couleurs-Rando.com en Ardèche, qui est une association ardéchoise regroupant différentes structures d’hébergement reliées entre elles par tout un réseau de randonnées.

Si vous voulez randonner entre l'authentique Auberge Rouge de Peyrebeille et le Gévaudan, pays de la bête qui inspira (de loin) Le Pacte des Loups , cette balade se développe dans des paysages de moyenne montagne, avec des vues toujours spectaculaires sur la haute vallée de l'Allier et de ses affluents.

 

Les paysages sont extrêmement changeants selon la saison, et on peut aussi bien faire une balade légère en été qu'une rando « Halloween » au coeur de l'automne, avec un ciel gris et des arbres décharnés. Les chemins sont aussi fréquentés par les ramasseurs de champignons, à l'automne, car le coin est riche en cèpes, mais, là, faut savoir chercher et se lever tôt. Ceux qui veulent randonner culture peuvent chercher sur le web des documents sur le chemin de Régordane, ressuscité par Marcel GIRAULT, sur l'auberge rouge ou sur les muletiers cévenols. La rando deviendra ainsi spatio-temporelle.

Venez découvrir les maisons sans mémoire et leur savoir dans les livres du vent

Approche : Il faut sortir de sa voiture.

 

Durée : 4 à 5 heures

Dénivelé : Mini : 1150 m

 

Attention ! le passage mouillé avant la Cham Blazère est le seul point difficile.

  

On commence par sortir de Pradelles en passant sous le porche de la Chapelle Notre-Dame qui enjambe la route. C'est juste après ce porche que l'itinéraire proposé se sépare du GR 70 (Chemin de Robert-Louis STEVENSON) :

 

le GR passe sur la droite du Cimétière, alors que le sentier de l'Espezonnette emprunte le chemin goudronné qui descend, côté gauche. On traverse en diagonale la route de la Gare (où se pratique l'activité Vélo-Rail), et on continue, sensiblement dans l'axe, par un chemin goudronné qui descend vers un petit pont, puis remonte vers la R.N. 88, qu'on traverse également. On quitte alors le goudron pour prendre le chemin de terre qui s'élève au niveau d'un petit oratoire. Le chemin devient plat, et, quelques centaines de mètres plus loin, oblique vers la gauche dans une vallée, au niveau des ruine d'une maisonnette (abri des lavandières du lavoir de Chenelettes).

 

C'est à ce point qu'il faut continuer tout droit, en descendant jusqu'à l'ancien lavoir, remplacé par un captage de source (bâtiment béton cubique). Continuer sur le chemin qui s'élève à nouveau à flanc de montagne, avec vue sur la haute vallée de l'Allier et le Lac de Naussac. On atteint un autre embranchement, avec un chemin descendant à droite et un chemin montant à gauche: sur un rocher, quelqu'un a peint l'inscription « Peyrebeille » avec une flèche. Prendre le chemin qui monte en suivant cette indication. Vers un point haut, on voit, sur la droite, quelques rochers dont un a le sommet aplani et percé d'un trou carré. Il s'agit d'un socle de croix qui marqua autrefois la limite de la commune de Pradelles et qui marque aujourd'hui la limite entre la région Auvergne (Haute-Loire) et la Région Rhône-Alpes (Ardèche).

 

Le chemin devient plus plat, franchit un éperon et descend ensuite vers un petit pont. À ce niveau, il devient très humide et, après le pont franchement mouillé dans la montée (sur environ 500 mètres). Il vaut mieux emprunter les nombreuses pistes tracées sur le talus à droite, ou, si les foins sont coupés, passer dans le pré côté gauche, en prenat bien garde de ne pas faire de dégâts. En haut de la montée, le chemin redevient praticable sans difficultés et se dirige vers le hameau de la Cham Blazère (parfois orthographié, à tort, Champ Blazère) qu'on rejoint. À l'entrée du hameau, on prend le chemin sur la droite (qui a été récemment goudronné), en laissant les maisons sur sa gauche, et on va traverser, un peu plus loin, une petite route goudronnée reliant le lieudit Lafayette au village de Lesperon (possibilité de shunter une partie du trajet en empruntant cette route). On continue tout droit, par le chemin que longe la ligne électrique, jusqu'au carrefour de « La Croix de la Pause » où convergent 6 chemins.

 

Une petite croix de béton avec plaque métal signale ce carrefour où on passe de la vallée de l'Allier à celle de son affluent « L'Espezonnette ». à ce carrefour arrive aussi, sur la droite du chemin que nous avons emprunté, le Chemin de la Reisse qui relie Langogne à l'Auberge de Peyrebeille et peut servir de raccourci pour scinder le présent itinéraire en deux circuits. Après la croix, et une éventuelle pause, on emprunte le chemin qui descend, vers la droite, en direction du hameau de Mauras, le chemin court sur le flanc de la vallée de l'Espezonnette qu'on commence à découvrir. Arrivés à Mauras, on traverse le village, par le chemin goudronné qui se dirige vers l'ancienne R.N. 102 (route longeant la vallée).

 

Avant de rejoindre cette route, dans un virage à gauche, un chemin se détache, sur la droite, qui longe, lui aussi la vallée, mais bien au dessus de la route goudronnée. On le prend. Il descend vers un petit pont, remonte à flanc de montagne, avec une vue sur la vallée côté gauche, et franchit un col marqué par une croix. Cette partie de l'itinéraire a été balisée par les Ardéchois. On rejoint ainsi, toujours par le chemin à flanc de la vallée (dont le relief s'adoucit), un petit pont avec un lavoir en dessous, juste avant de rejoindre la route goudronnée, un peu avant le village de Lesperon. On peut continuer, si on veut, sur la route goudronnée, jusqu'au carrefour avec la petite route déjà recoupée à la Cham-Blazère et, délaissant le village de Lesperon sur la gauche, tourner à droite. On peut aussi aller se désaltérer au bar de Lesperon avant de poursuivre sa route.

 

Toujours est-il qu'il faut prendre la route goudronnée en direction de Lafayette et Coucouron, et la suivre sur quelques centaines de mètres, puisque son tracé emprunte ici celui de l'antique Chemin de Régordane qui reliait l'Auvergne à la Méditerranée. C'est cet itinéraire historique qu'on suivra jusqu'à Pradelles. On atteint ainsi une ancienne scierie. Juste après cette scierie, le chemin part sur la gauche et se dirige vers le hameau de Pestel, en traversant un petit plateau. On retraverse le hemin de la Reisse qu'on avait déjà recoupé à la Croix de La Pause .

 

Le chemin devient plus sauvage, car moins fréquenté par les engins agricoles, avant d'obliquer sur la droite, de franchir un petit ruisseau et de traverser Pestel dans toute la longueur du hameau. En traversant Pestel, le goudron réapparaît et on se dirige, en pente douce, vers la RN 88 qu'on franchit, soit en la traversant, soit par un boviduc (appelé également « métro à vaches ». On descend ensuite vers un petit pont qui franchit le ruisseau de La Ribeyre et, juste avant d'arriver à des habitations, on prend, à droite, un chemin en pente assez raide. Au bout de quelques centaines de mètres, on rejoint un chemin plus fréquenté, qui monte à flanc de vallée, vers la ferme neuve de La Malouteyre.

 

À La Malouteyre, on retrouve la route de la gare qu'on emprunte sur une courte distance, avant de prendre un chemin qui monte à gauche du cimetière. On arrive à un terrain de jeu, avec aire de pique-nique, à quelques dizaines de mètres de la chapelle Notre-Dame d'où nous sommes partis.

 

Texte de Dominique Beguen président de TPCP

Ouvrage de base

Le livre qui a servi de base pour la définition du réseau des itinéraires, s'intitule Les Muletiers du Vivarais du Velay et du Gévaudan, il a été écrit par Albin Mazon à la fin du XIXè siècle et Pradelles était à cette époque un haut lieu de commerce juste avant le péage de la Sauvetat.

 

LES MULETIERS  du VIVARAIS & DU VELAY

Tout le monde connaît ce grand phénomène de la vie de la terre que Pierre Leroux croyait avoir découvert, parce qu'il l'avait baptisé du nom de circulua : le soleil vaporise l'eau des mers et des lacs, et les nuages ainsi créés vont se  sur les  hautes montagnes, d'où, retombant à l'état  aqueux, après avoir quelquefois séjourné  dans les réservoirs aériens des glaciers, ils  reviennent fertiliser le sol et finalement alimenter de nouveau les lacs et les mers.

Or, le bon Dieu, pour ne pas trop favoriser sans doute les ivrognes, avait négligé d'établir un circuit analogue pour le vin.  C'est  cette lacune que vinrent combler les muletiers à une époque les chemins de fer n'existaient pas et les meilleures  routes ne valaient pas le diable. Ils poussèrent, on ne sait quand ni comment dans  toutes les zones montagneuses qui ont du vin à leurs pieds et des grains ou des pâturages sur leur tête. Peut-être sont-ils pour  cette raison aussi vieux que le monde, du  moins le monde qui a profité de cette découverte de Noe,  en cherchant bien dans les paperasses de l'histoire ou dans les traditions populaires, on les  retrouvait, à toutes les époques, grimpant les montagnes et portant, dans leurs outres aux habitants d'en haut, l'excédant de soleil et de parfum des habitants d'en bas, transformé par eux en généreuse et  rutilante boisson.

Cette hypothèse est trop dans la nature  des choses pour qu'elle ne reçoive pas tôt ou tard des recherches des érudits une éclatante sanction. Notre but aujourd'hui est  beaucoup plus modeste. Les muletiers des  Alpes, des Pyrénées et des autres montagnes de France nous intéressent peu, à plus  forte raison ceux du reste du monde. Mais  les muletiers des Gévennes nous touchent  particulièrement. Le passage de leurs anciennes caravanes dans notre ville natale a été une des distractions de notre enfance.

 

Faute de pouvoir aller au-devant d'un régiment, précédé d'un tambour-major démesuré  et s'avançant fièrement, musique en tête, faute de pouvoir même suivre de simples  retraites au clairon, pour la raison bien  simple que Largentière, quoique chef-lieu d'arrondissement, n'a été que rarement dotée  d'une garnison et que, le cas survenant, il  n'y a jamais eu plus de cinquante pantalons rouges à la fois avec deux tambours  au plus, il fallait bien que notre curiosité  enfantine cherchât une compensation dans  le spectacle des muletiers. Et balalin ! balalaa ! Cest ainsi que les  galopins d'un autre temps traduisaient la lopée bruyante, cadencée au pas des mulets,  qui annonçait le passage de ces pittoresques  convoyeurs d'autrefois.

Le rôle de Pradelles en tant que lieu de passage pour le ravitaillement du Puy et au delà de l’Auvergne est attesté au XVIe siècle par Jean Burel. A cette même époque, Antoine Roqueplan, comptable des armées royales aux ordres d'Henri IV qui assiégeaient la ville du Puy, mentionne plusieurs ravitaillements passant par Pradelles.

 

En effet, Pradelles était un point de passage obligé sur la route par laquelle les muletiers amenaient au Puy le vin du Vivarais,  ce vin sombre qu’on préférait au vin du Val, produit par les vignes proches du Puy, parce que, comme le dit une délibération de l'Hôpital Général du Puy : (Il y a intérêt à acheter du vin en Vivarais car il supporte mieux l'eau ).

(Article de Jean Chervalier dans les Cahiers de la Haute-Loire, 1985)

 

C’était à dos de mulet, dans des outres en peau de boeuf contenant chacune douze émines (mesure du Puy), soit 168 litres de vin, que le précieux breuvage partait de Largentière, de Joyeuse ou des Vans, pour converger vers Pradelles. Albin Mazon, dans son livre sur  Les muletiers du Velay, du Vivarais et du Gévaudan , répertorie cinq routes

 

La plus méridionale partait des Vans et, par Le Folcherand, la Rousse, Villefort et le Bleymard, arrivait à Mende.

 

Une autre partait de Payzac et par la Croix-de-Fer, aboutissait à Peyre, où elle se confondait avec une troisième voie venant de Joyeuse. De Peyre, la voie continuait vers Saint-Laurent-les-Bains, où l'on a retrouvé la trace de thermes romains, et vers le col de la Felgère, qui est à deux pas de l'Allier et de l'antique voie Régordane.

 

Les deux voies restantes partaient de Largentière et se dirigeaient vers Le Puy. la première par Tauriers, Valgorge et Loubaresse, et la seconde par Prunet, La Souche et la Croix-de-Bauzon. Elles se rejoignaient au Bès, et de là on continuait par Saint-Etienne-de-Lugdarès, Champlonge, la Verrerie, la Chavade, la Narce, Peyrabeille, Pradelles, la Sauvetat et l'oratoire de Tareyres.

 

C'était le grande strade publique dont le baron de Montlaur faisait hommage à l'évèque du Puy en 1295.L’importance de ce trafic était telle que lors de l’épidémie de peste de 1720, quand il avait été décidé de couper toute communications avec les régions atteintes par la mort noire, on installa un dispositif spécial afin de permettre à cette denrée vitale de franchir la ligne sanitaire

 

On autorisa donc, à l’intérieur de la ligne sanitaire, le transport du vin jusqu’à des postes désignés où des tuyaux, installés entre les deux barrières qui fermaient la route, avec un entonnoir d’un bout et un robinet de l’autre, permettaient de vider les outres de la zone interdite pour remplir celles des muletiers venus du Velay, sans contact entre les hommes, les animaux et le matériel, donc sans infraction au règlement. Ce système dura plus d’un an et se révéla totalement efficace. Cette ligne sanitaire passait par Pradelles.

 

Le même auteur indique que dans le courant du mois d'octobre 1721, la peste gagna le logis du Bès qui appartenait aux religieux cisterciens de l'abbaye des Chambons. C'était un lieu de passage fort fréquenté par les muletiers qui montaient le vin du Bas Vivarais en Gévaudan et Velay, par La Souche et Saint-Étienne-de-Lugdarès.

(G. Paysan : Maladies, médecines et pharmacopée populaire d’hier en Uzège et Vivarais)

 

En 1790, l'abbaye de Mercoire, en Gévaudan,modifie certaines censives, comme celles du Vivarais transformées en 18 charges de vin, ou celles de Pradelles changées en 50 litres d'huile d'olive et 8 cartes de pois blancs

(Aspects des relations extérieures de l'Abbaye de Mercoire , par P. Savoie, dans la Revue du Gévaudan, des Causses et des Cévennes, 1981.)

 

Comme la culture des oliviers dans la région de Pradelles est fort improbable à cette époque, on doit admettre que cette huile était issue d'un droit de passage perçu en nature sur les chargements qui transitaient par Pradelles. Un oléiculteur des Baux de Provence consulté sur ce sujet a souligné qu'on ne pouvait dire s'il s'agissait d'huile alimentaire ou d'huile  lampante obtenue par une deuxième pression, puis  destinée à alimenter les lampes des établissements religieux. 

Extrait de la Description statistique du département de la Haute-Loire

publié en 1824 par M. DERIBIER DE CHEYSSAC

MULETS.

L'éducation des chevaux exige beaucoup de soins; elle présente bien des chances, et les bénéfices qui en résultent doivent être attendus plusieurs années. L'élevage des mulets, au contraire, offre un produit plus constant et surtout plus prochain, et il exige moins de précautions et de surveillance. Cette comparaison est suffisante pour déterminer les propriétaires cultivateurs de la Haute-Loire à donner leurs juments au baudet. Pleines ou suivies, ils s'en servent toute l'année pour les porter eux et leurs denrées aux foires ou aux marchés voisins. Malgré le défaut de soins, il arrive peu d'accidents, et les mulets, à l'âge de six mois, sont vendus au comptant, et donnent ainsi un produit clair, qui n'a coûté ni peine, ni nourriture, ni avance de fonds.

Il y a cependant un autre genre de commerce pour les mulets. Dans certains cantons, principalement dans ceux de Saugues, de Langeac, de Pinols, de Cayres, etc., on achète des mulets venant du Poitou, de l'âge de six à dix-huit mois, et on les garde six mois ou un an ; mais cette spéculation ne réussit bien que lorsque nos communications avec l'Espagne sont ouvertes.

Un peu d'histoire de la région sur le sujet

Si vous aimez découvrir , voici un document sans retouche qui va vous raconter les muletiers de la région par Albin Mazon en 1892.

En attendant, toute une structure se mobilise pour vous accueillir et vous faire partager de nouvelles aventures sur ce thème .

 

Oh ! oh ! toi ! oui ! toi qui passe sur cette page ! Ne dit pas que c'est purement commercial. Car Gilles avant de rejoindre les cieux à dit d'un air mélancolique ses quelques mots en patois. 

 

Crésé mi, li hômé eoun pu miéou que U miéou! 

 

Ce qui voulait dire !

 

Croyez-moi, les hommes sont plus mulets que les mulets.

 

Comme quoi ! Une mule n'est pas si mule que ça  !  

J'ai adoré cette lecture ! Venez nous rejoindre pour l'exprimer ensuite à votre tour par votre expérience et votre vécu sur les pas des muletiers