Carnet de route de Jean Eimer 1234 kilomètres sur le chemin de compostelle dit aussi Chemin de Saint Gilles, GR 700 chemin de la Régordane en partant de Pradelles

Un étonnant pèlerinage
Un étonnant pèlerinage

Il faut savoir que la chapelle de Notre-Dame de Pradelles est tout ce qu'il reste de l'ancien hôpital Saint-Jacques, reconstruit à la fin du siècle dernier. Après les guerres de Religion, le sanctuaire de Notre-Dame et l'hôpital accueillaient les pèlerins de Saint-Jacques de compostelle.

 

Comme l'indique cette carte, il est possible de faire le chemin de compostelle à partir de Pradelles en empruntant directement le GR 700 ( Le chemin de St Gilles ou chemin de Régordane ) il traverse le massif central , les Cévennes en passant par Bizac, Costaros, Pradelles, Langogne, Luc, La Bastide Puylaurent, La Garde Guérin, Villefort, St André, Génolhac, Chamborigaud, Portes, Le Pradel, St Martin de Valgalgues, Alès, St Hilaire de Brethmas, Vézénobres , Ners, traversée du Gardon direction Boucoiran, St Geniès de Malgoirès, La Rouvière, La Calmette, Nîmes, Bouillargues, Garons et St Gilles du Gard. Il y a deux mille ans les romains l'empruntaient , il est  laissé à l'abandon après 5 siècles d'utilisation. La ville de Saint Gilles doit son nom au célèbre abbé Gilles l'Ermite dont elle garde le tombeau et fut un des plus importants lieux de pèlerinage de la chrétienté du XIIe siècle. Les miracles qu'il fait attirent une foule de pèlerins. Reconnaissable à sa coule bénédictine et à sa biche, on l'invoque contre la panique, le mal caduc, la folie ou les frayeurs nocturnes. Son histoire est souvent effacée au profit de la légende . Son tombeau fut un lieu extrêmement fréquenté sur les chemins de Compostelle. Un grand nombre de lieux de culte lui sont dédiés en France  comme à l'Etranger. La Régordane dit chemin de Saint Gilles, devient le sanctuaire de pèlerinage le plus fréquenté de la France romane, si ce n'est de l'Occident. C’est au cours du IX e siècle que le village de Portes choisit comme patron Saint gilles, en souvenir d'un miracle que ce dernier aurait fait. Ce chemin devient un axe stratégique et économique entre la Méditérranée et l'intérieur des terres. (chemin de commerce) Comme le trafic augmentait, des péages s'installaient et devenaient d'un excellent rapport. On se les arrachait par la ruse et par des guerres. Il faut savoir que Saint Gilles était autrefois un port important, utilisé par les marchands, les pèlerins et les croisés, de par sa situation géographique, Saint Gilles devient le carrefour qui reliait Saint Jacques de Compostelle, Rome et Jérusalem.

Voir ce lien :  www.chemin-regordane.fr

 

 

Départ dimanche 7 octobre 10h00 de la Garde Guérin sur le GR700, tout le monde est en forme, le temps est frais mais le soleil est là et restera avec nous les 3 jours.

 

 

Direction Villefort, où un autre petit groupe nous attend. Le chemin est un peu mouillé, les pluies cévenoles ont bien arrosé le secteur. Après avoir amorcé la descente nous apercevons le barrage de Villefort, toujours aussi bleu et bien plein cette année. Traversée du bourg commentée par Dominique Béguin, très féru d’histoire, il a déjà fait ce trajet avec Marcel Giraud, et de plus, passionné de géologie. Nous arrivons au rond point du Collet de Dèze, belle descente dans les châtaigniers jusqu’à St-André Capcèze.

 

Certains commencent à regardé la montre, surement un petit creux à l’estomac. Voilà la mairie, une grande place ombragée et la fontaine de quoi bien s’installer pour le casse-croûte. C’est parti pour Vielvic et Concoules, un peu de goudron, mais il ne fait pas trop chaud, nous faisons une petite halte vers l’église, il y a de belles pierres pour s’asseoir.


Notre hôtel est à Génolhac, un bon repas, une bonne nuit et gros petit déjeuner et l’équipe est prête pour la deuxième étape, la plus longue de notre itinéraire.

Nous voulons essayer de pique-niquer au château de Portes, de manière à monter le maximum avant de manger, mais c’est à 14km. Pont de Rastel village de l’écrivain J-P Chabrol, à droite vieux pont du XVIIIe qui enjambe le Luech. Passerelle en béton pour traverser le ruisseau du Valmalle et en face vue du château de Montjoie. Ca grimpe dans la châtaigneraie et nous apercevons le château de Portes, il est 13h passé, le soleil et le panorama, idéal pour la pause. Quelques uns sont bien étirés, les pieds en éventail, il semble qu’on soit bien sans les chaussures de rando !.. mais il reste encore quelques kilomètres avant d’arriver au Pradel. Mauvaise direction au départ, pas du bon côté du château, au bout de quelques centaines de mètres, les pro sortent cartes et boussole, allez demi-tour, nous ne sommes pas sur le bon GR. La piste est large, nous avons pris un peu d’altitude, ce n’est que du bonheur de marcher au milieu de ces paysages sauvages et variés ; mais descentes et montées alternées auront nos jambes, d’autant plus que les étapes finissent souvent sur le goudron.
L’Affenadou après le Pradel et nos chambres d’hôtes et restaurant sont là.


Mardi, 3 d’entre nous préparent les sandwichs pour midi, jambon, fromage tout y est. 8h45, nous ne sommes que 13, il en manque un, Armand, il n’a pas sa femme pour faire son sac !...
On s’impatiente un peu mais il arrive enfin. Direction le Mas Dieu et son château, la fontaine des Mamans, dont la légende dit que les femmes qui ne pouvaient pas avoir d’enfant venaient à cette source : procréation assistée de l’époque.

La végétation a changé, nous cheminons à travers une chênaie puis des oliveraies. Sur notre gauche le mont Bouquet, la plaine de St-Julien les Rosiers et les environs d’Alès. Nous sommes au milieu des anciennes mines à ciel ouvert, des anciennes cités minières dont plusieurs ont été rasées. Nous surplombons le Pôle Mécaniques près d’Alès. Maintenant c’est le goudron jusqu’à la gare d’Alès, fin de notre randonnée de 60km, et où nous devrions prendre le train pour retrouver nos véhicules, mais c’est un car, travaux sur la voie ferrée obligent.
La suite, jusqu’à St-Gilles du Gard, sera pour une autre fois.

 

 

La légende de saint Gilles
D’après Guillaume de Berneville


Depuis trois ans qu'il était au désert, ne faisant qu'adorer Dieu, croire en lui et le servir, Gilles n'avait jamais vu un homme et n'en avait entendu. Il n'avait plus mangé depuis quelque mille jours ni pain, ni viande, ni poisson, ne vivant que de racines et, par gourmandise peut-être, de cresson. Mais tant vont les choses pour ceux qui se mortifient, qu'à la fin la santé défaille, les forces disparaissent et la maladie guette, voilà ou en était Gilles, qui ne se sentait guère bien portant.

 

Or, écoutez le joli miracle que Dieu fit pour son serviteur.

 

Un jour qu'il était dans sa cabane de feuillages, priant selon l'ordinaire, l'ermite entendit du bruit dans les fourrés et il vit devant lui paraître une biche sauvage qui, sans crainte, s'avançait vers lui. Elle était étrangement belle, beige clair et le regard d'une exquise douceur. Ses pis étaient pleins de lait. Comme Gilles, en silence, la regardait approcher, la biche entra dans la logette et se coucha à ses pieds, comme pour lui signifier qu'elle s'offrait à le servir. Et Gilles, à qui les intentions du Seigneur étaient toujours assez claires, comprit que Dieu la lui envoyait. Et voici comment la biche miraculeuse servit l'ermite affaibli. Pour lui rendre des forces, fallait-il mieux que le lait ? Chaque jour, elle courait la campagne paissant les prés et quand venait l'heure de dîner point n'était besoin que Gilles l'appelât, car elle savait parfaitement l'heure et rentrait d'elle-même auprès de son ami. Gilles lui avait fait une logette de feuillages près de la sienne afin qu'elle fût protégée du froid de la nuit. Et cela dura de longs mois, peut-être des années, sans que quiconque d'humain connût cette histoire, hormis le Seigneur.

 

Or, en ce temps-là, le maître du pays était Flovent duc de Provence et de Gascogne, prince puissant, qui était soumis au Grand Charles, alors Roi de France. C'était un homme fort courtois, élevé à la française, honnête chrétien et bon chevalier. II n'avait qu'une passion au monde, la chasse, et son équipage était des plus beaux. C'était une merveille de voir ses éperviers, ses vautours, ses gerfauts, et les chiens de sa meute, limiers, mâtins et lévriers. Il n'était point d'exemple que cette meute, une fois lancée. On ne comptait plus les cerfs, les daims, les chevreuils et les biches qui avaient été mangés à sa table, sans compter maintes autres bêtes sauvages. Ses terres allaient jusqu'au bord du Rhône, à l'endroit où il est le plus large, non loin de la vieille ville d'Arles, où le grand saint Césaire enseigna. Aussi quand, poursuivis par les chiens, les animaux étaient arrêtés par le fleuve, bien rares étaient ceux qui avaient chance d'échapper.

 

C'est au temps de l’Avent que vient la saison de chasser la biche. Flovent était à Montpellier, et, pour distraire ses vassaux et leur plaire, il les invita tous à une grande chasse, les plus petits comme les plus hauts. Levé de bon matin, il partit avec deux meutes et toute la vaste cavalcade de ses hôtes. Des deux meutes la moins bonne prit deux cerfs et la meilleure en a pris quatre.  Mais c'était une biche  que voulait  le duc Flovent et de n'en point trouver il commençait à se mettre en colère quand son veneur  lui signala la plus belle, la plus élégante  des biches que jamais la Camargue eût vues... Et tout l'équipage de courir après elle.

 

Cris des veneurs ! abois des chiens ! Par le bois et par la plaine, on galope à plein étrier. Mais où est la biche ? Plus de biche ! Les uns croient l'avoir vue qui s'engageait dans une petite combe à l'impénétrable fourré, mais sa disparition a été si rapide que les autres opinent qu'elle a bien pu s'envoler au ciel.

 

Nombreuse est l'assistance au château ; les beaux valets vêtus de vair, d'hermine, de ciglaton et de pourpre servent un magnifique repas.  Ah, veneur, s'écrie le duc en se moquant, vous chassez donc la biche de nuit que vous rentrez si tard ? Et sans prise, n'est-ce pas ? je le vois à votre mine !  Sire, répond le chasseur, que demain Dieu me damne si je ne rapporte pas la tête de cette bête !

 

Mais le lendemain, à grands sons de cor, quand la chasse fut repartie, quand les chiens eurent repris le vent de la biche, quand on l'eut encore trois grandes heures pourchassée, ne voilà-t-il pas que le même mystère recommence ! Elle était là, la jolie tête blonde, et brusquement, elle n'est plus là. Où donc est-elle ? Sorcellerie ? En rentrant à la nuit lourde, les chasseurs n'étaient pas loin de le croire. Et quand ils rentrèrent à Montpellier, le duc ne les reçut guère avec honneur.

 

Ce fut le troisième jour que le drame se produisit. Elle broutait paisiblement, la biche, dans un pré dégagé quand le duc reparut, avec ses archers à l'affût, ses cavaliers et ses cent quarante chiens qu'il lança tous à la fois. Comme elle eut peur, la pauvrette, comme elle crut venu son dernier jour ! Tout le bois retentissait de cris horribles. Il ne lui fallut rien de moins que toute sa vigueur et son courage pour s'échapper une fois encore. Si elle n'avait été si agile, d'elle c'en eût été fait. Mais au moment où elle bondissait sur la sente qui menait à son cher ermitage, un chien la suivit, et derrière le chien un archer basque, preste et prompt presque autant qu'elle. Il la vit disparaître dans le fourré et c'est alors qu'il fit un bien mauvais coup. Il lâcha la corde de son arc et le trait s'envola...

 

L'homme écouta, n'entendit rien. Peut-être un sourd gémissement... pas davantage. Et il repartit en hâte crier au duc , Seigneur, Seigneur, je sais où est cachée la biche. C'est à peine si un homme peut passer. Venez vite, peut-être y est-elle encore ! »

 

Quand Flovent eut fait dégager les broussailles et ouvrir la sente à son passage, il arriva avec les siens dans une combe ravissante. C'était comme un verger planté d'arbres à fruits, Partout pêches, figues et amandes, qui répandaient une odeur exquise. Sans trop comprendre que ces merveilles puissent mûrir en temps d'Avent, ils approchèrent ses compagnons et lui, vers une cabane de feuillages qui se dressait dans la clairière. Et là, ils trouvèrent un homme exsangue, le visage aussi pâle que les poils de sa barbe, qui avait encore un grand trait d'arc planté dans la poitrine et qui les regardait doucement. A ses pieds était étendue la biche, et il la caressait de la main.

L’évêque de Montpellier, qui était de la suite du prince, s'écria :  Ah, Duc, ne nous étonnons plus que par deux fois, votre meute ait été bien mise en défaut ! Cette biche est sous la protection de Dieu et de Gilles, qui est le meilleur de ses serviteurs ! Ce serait grand péché que d'y toucher dans la main même de celui à qui elle a été donnée !

 

Aussitôt, s'agenouillant, Flovent s’écria : Saint ermite Gilles, homme de Dieu, nous ne te voulions aucun mal, à toi !  A moi, peut-être, répondit l'ermite, mais à cette douce bête que voici ? Et crois-tu donc que, sur la terre, tu n'aies qu'à pourchasser les bêtes et à leur donner la mort ? Seigneur duc, je te le demande, ne viens plus chasser par ici, ni poursuivre celle qui me nourrit !

 

A ces mots, Flovent fit retour sur lui-même. En entendant le nom de Dieu prononcé par les lèvres d'un saint, il se mit à pleurer. N'était-il pas vrai qu'il ne pensait guère au Seigneur, tout occupé à chasser les bêtes ? Et, ayant fait soigner l'ermite, il s'en retourna tout pensif. Mais il revint souvent. Le soir, en secret, tout seul, il arrivait le long de la sente silencieuse jusqu'au petit vallon. Chaque fois il apportait quelque présent, que Gilles, doucement, l’obligeait à reprendre. Que voulez-vous donc, Ermite ? qu'attendez-vous de moi ?  Tous ces trésors qui ne vous servent de rien pour le salut de votre âme, donnez-les au Christ et c'est lui qui vous les rendra un jour !  Et le soir où Gilles lui tint ce langage, le duc s'en retourna encore plus pensif. Mais les paroles du saint remuaient son âme et elles y faisaient leur chemin. Que devrai-je donc faire, saint Ermite, pour que Dieu accepte une offrande ?  Avec toutes tes terres, et tes bijoux, et ton or, fais construire une abbaye afin qu’un peuple de moines y prie nuit et jour pour toi, tes sujets et la paix de la chrétienté !  Je l'accepte, à une condition, que tu sois abbé de ce couvent, auquel je donnerai tout le nécessaire, dortoir, chapitre et bon cellier, hôtellerie et réfectoire, le tout construit en pierre blanche, la meilleure qu'on pourra trouver

 

Il ne fallut pas qu'un soir pour décider l'ermite Gilles. Le souci d'innombrables âmes, comme le porte le Père Abbé, lui paraissait si lourd, si lourd ! Mais tandis qu'il hésitait encore et que, dans sa chère solitude, il se demandait ce que Dieu attendait de lui, voici qu’il sentit sur sa main la douce langue de sa biche. Elle le regarda longuement, puis elle se leva en étirant les pattes et à pas lents elle s'en alla. A trois reprises le saint l'appela, mais elle ne tourna même pas la tête.

 

L'ermite comprit que le temps de la solitude était pour lui achevé. Il accepta l'offre du duc Flovent. Et c'est ainsi que sortit de terre cette abbaye de Saint-Gilles qui est en mémoire de l'ermite et de sa biche .